Les primes à la sécurité

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Attention aux accidents cachés !

Pyramide de Bird

Certaines entreprises mettent en place des primes au « zéro accident » sur leurs sites.

Cela est même autorisé par le code du travail : la convention collective ou l’accord collectif peut prévoir une ou des primes que l’employeur verse aux salariés. Dans ce cas, les conditions d’attribution y sont définies.

Alors, certes, les « gros » accidents, ceux nécessitant un soin externe, entraînant malheureusement un arrêt de travail ou une incapacité, ne peuvent être cachés.

Mais à y regarder de plus près, cette prime est-elle une vraie bonne idée ?

Pour y répondre, nous pouvons nous demander ce qu’il en est des autres accidents. Quand un opérateur se foule la cheville, se coupe ou reçoit une projection dans l’œil dans le cadre d’une entreprise ayant mis en place la récompense au zéro accident annuel, que se passe-t-il ?

Ces questionnements de l’impact de cet avantage financier ne se trouvent pas dans la littérature de management QHSE (Qualité, Hygiène, Sécurité et Environnement) et c’est pourtant crucial.

La plupart du temps, cette prime résulte d’une bonne intention de départ : celle d’investir financièrement dans la sécurité. En mettant cela en place, la volonté est d’impliquer tout le monde et de reconnaître l’attention portée à la sécurité de chacun.

Malheureusement, c’est souvent tout l’inverse qui se produit…

L’objectif peut se transformer en celui d’afficher une façade de « zéro accident » quoi qu’il arrive.

C’est là que ça devient très dommageable. En effet, pouvoir identifier et analyser ses accidents du travail, en allant du presqu’accident – les Canadiens les appellent les « Oups » – aux accidents beaucoup plus graves, n’est pas seulement utile pour mener des actions correctrices immédiates, mais aussi pour identifier les actions de prévention. Il faut effectivement comprendre que toute la politique de prévention est basée sur les données du terrain. Je le partage régulièrement avec les clients : sans cette « matière première », les actions et décisions prises sont décorrélées de la réalité et de nos priorités.

Comme il est impossible de mener toutes les actions de front, il est essentiel de pouvoir prioriser ses actions de prévention en fonction de la nature de ses risques. Chaque activité et contexte étant différents.

Nous retrouvons d’ailleurs ce niveau de détail dans le Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels (DuERP) issu de l’analyse des risques menée dans l’entreprise. Chaque poste regroupant des risques spécifiques y est audité et cartographiés.


La pyramide des risques ou pyramide de Bird recense les évènements anormaux et permet de mettre en évidence l’importance des risques « mineurs » et leurs conséquences dans l’entreprise.

Un graphique vaut souvent mieux qu’un long discours : ici le volume des situations dangereuses et des presque-accidents nous montre qu’ils sont la base de notre système de prévention. Sans leur analyse, cette fonction de « sonnette d’alarme » est perdue et la porte est ouverte aux accidents plus graves voire mortels. Autrement dit, pour chaque accident grave (décès ou incapacité), la même cause a déjà entraîné 30 blessures légères (1ers soins) et 600 presqu’accidents.

Il faut donc surveiller ces signaux faibles. Quand une entreprise réussit à réduire le nombre d’incidents au bas de la pyramide, la pyramide change de sommet et le nombre d’accidents plus graves sera mécaniquement réduit.

Cacher des accidents pour ne pas perdre sa prime ou, plus compliqué encore, la faire perdre aux collègues qui nous en voudront, est donc, vous l’aurez compris, une grande perte d’information pour l’entreprise qui court au-devant d’une situation bien complexe.

Malgré cette légalité et intention première de bien faire, cette pratique de primes à la sécurité nous parait, in fine, contraire à la première obligation de l’employeur et des responsables à qui il aurait délégué ce pouvoir :

Article L4121-1 du code du travail : « L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. […] « 

Pour aller plus loin :


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Selma BENHAMOU
Com-Hom

Après plusieurs années de travail en industrie en management QSE et Certification produit, j’ai eu la profonde envie de mettre mes connaissances au service des TPE et PME qui forment le tissu économique de ma région.

J’aime lier la technique (Ingénieur de formation – Grenoble INP) au développement d’une démarche d’amélioration continue (Mastère Spécialisé en QSE – Cesi de Lyon) et de mise en conformité process et produit. Mon crédo est d’autonomiser au maximum la structure en transmettant des outils et le sens derrière chaque action dont l’objectif n’est pas uniquement financier ou réglementaire mais surtout humain, social et sociétal.

Je trouve en Com-Hom une énergie fédératrice grâce aux différentes compétences et personnalités. Des valeurs surtout, bienveillance, écoute et partages qui créent une réelle synergie.

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